Le Grand-Orgue de la cathédrale de Pontoise de nos jours

Qui pourrait, en regardant le magnifique buffet presque tricentenaire qui surplombe l’entrée de la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise, penser qu’il contient un instrument qui n’a pas cessé depuis sa construction de refléter les caractéristiques des divers courants stylistiques qu’il a traversés ? Post-baroque français à l’origine (1720), « classicisé » par Clicquot en 1784 (ajout d’un Hautbois, d’une Trompette, de deux dessus de Flûte et d’une Bombarde de Pédale, suppression du Larigot…), agrandi dans l’esthétique romantique par Daublaine et Callinet en 1842 (Récit expressif, Gambe et Euphone prévus au GO), finalement reconstruit par Cavaillé-Coll en 1878, légèrement modifié dans un esprit « post-romantique » en 1912 (ajout d’une Flûte 8 au Positif, désormais expressif – mais toujours dorsal ! -, placement au Récit de la Clarinette du Positif, …), considérablement agrandi selon le courant néoclassique naissant (ajout de jeux de mutations, adjonction de 10 jeux au Récit pour en faire un grand Récit « alla Saint-Sulpice », certains jeux étant placés hors-boîte – parfois dans le soubassement – par manque de place), et enfin redistribué sur quatre claviers en 1980 par la Société Gonzalez dans un esprit plus « néobaroque » (apparition d’un Écho « en fenêtre dans le soubassement comportant un jeu de tierce décomposé, un Larigot, une Cymbale et un Cromorne, suppression de la Gambe du Grand-Orgue au profit de l’ancien Piccolo du Positif), incluant également la pose d’un combinateur électronique, devenu nécessaire dans un instrument de cette taille.
Depuis la restauration de 1980, seul un accord général a eu lieu, dans les années 1990. La nécessité d’un relevage complet commence désormais à se faire sentir : l’alimentation en air est à revoir, l’instrument est faux (particulièrement en ce qui concerne les mixtures : celles du Récit sont quasiment inutilisables), la mécanique à rubans d’acier (marque de fabrique de la maison Danion-Gonzalez à cette époque) désagréable et capricieuse, le tirage des jeux bruyant et sujet à des dysfonctionnements, etc.

La composition est consultable ici. En voici quelques commentaires :

Le Principal 8 du Positif est en réalité un Salicional assez doux, très intéressant dans les ensembles de fonds, mais un peu faible pour soutenir le Plein-Jeu (on lui rajoute alors le Bourdon). Plusieurs registrations de détail peuvent être réalisées avec les 4 pieds, 2 pieds et mutations, la Doublette gagnerait cependant à recevoir quelques retouches d’harmonie.Le Plein-Jeu, assez strident et un peu rugueux, convient à merveille à la musique polyphonique, mais se prête assez mal à la musique française.

Au Grand-Orgue, un assez bel ensemble de fonds (auquel il manque cependant une Gambe 8, supprimée en 1980), avec entre autres une Montre sonore, deux Bourdons (16 et 8) de belle sonorité, une Flûte harmonique manquant un peu de charme, mais rendue plus chantante lorsqu’adjointe au Bourdon 8 ; une Quinte principalisante, une Doublette un peu plus large que celle du Positif, un Piccolo flûté source d’une grande variété de mélanges, un magnifique Cornet, une Fourniture (résultant en 16) donnant beaucoup de majesté au fond d’orgue et une Cymbale un peu maigre ; une batterie d’anches 16-8-4 très efficace.

Au Récit, on trouve un Quintaton assez réussi, un beau Diapason, un Cor de nuit assez doux mais aux basses un peu trop « chuintantes » (à la manière d’un Bourdon baroque) ; une Gambe douce (de type « Dulciane »), à laquelle est assortie une très belle Voix céleste ; un Prestant certes utile mais pas assez différencié des deux autres (une Viole de 4 eût été préférable), une Flûte douce 4 (ancienne Flûte octaviante transformée, ce qui est regrettable car toutes les Flûtes 4 de l’orgue sont des Flûtes douces) ; un Flageolet d’une sonorité très intéressante (ce jeu est appelé « Octavin » à la console : il s’agit en effet de l’Octavin de Cavaillé-Coll, recoupé en 1980) ; un Plein-Jeu et une Cymbale assez mal composés (en particulier le Plein-Jeu), très faux de surcroît ; une Bombarde à pavillons étroits, à première octave acoustique en zinc (jeu possédant un réel potentiel, mais nécessitant un réanchage), une Trompette très belle, qui mériterait une pression plus élevée, un Hautbois plutôt réussi mais semblant parfois un peu fade ; une Voix humaine très intéressante, mais dotée d’anches de qualité bien moindre, et un Clairon un peu faible.

À l’Écho, une Flûte à fuseau d’un assez joli timbre, une Flûte douce un peu trop semblable aux autres, un Nasard et une Tierce assortis d’un Larigot, une Doublette assez large (Quarte), une Cymbale bien composée mais inutile, ne pouvant être accouplée aux autres claviers ; un Cromorne assez bien harmonisé, mais cachant mal ses origines de Clarinette, du reste malencontreusement placé au quatrième clavier, dépourvu d’accouplements : il gagnerait à être réharmonisé en Clarinette et placé en boîte expressive, un « véritable » Cromorne prenant place au Positif.

À la Pédale, trois jeux réels : une Soubasse dédoublée en 32-16-8-4 et une Flûte ouverte dédoublée en 16-8-4, dont la tuyauterie présente l’inconvénient d’être placée pour partie sur le côté droit du buffet, occasionnant ainsi certains déséquilibres sonores (assez peu sensibles depuis la nef cependant), ainsi qu’une Bombarde également dédoublée en 16-8-4, très large et puissante.

L’ensemble est complété par quatre tirasses à l’unisson, ainsi que trois accouplements à l’unisson : il n’existe malheureusement pas d’accouplement du quatrième clavier sur les trois autres, ce qui est un grave défaut, le Cromorne ne pouvant de ce fait pas être incorporé au grand-jeu ni à toute autre registration effectuée sur l’un des trois claviers principaux. De plus, le quatrième clavier est assez difficile à jouer, étant situé assez loin (on trouve ce même problème à la Cathédrale de Meaux, contenant une Voix humaine placée au… cinquième clavier, dépourvu d’accouplements manuels et de boîte expressive !)

Tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts, le Grand-Orgue de la cathédrale de Pontoise est cependant un instrument intéressant et attachant, et il est regrettable de constater qu’il est très peu connu dans le milieu organistique. On ne peut que souhaiter que l’action menée par l’association « les Heures Musicales de Pontoise » contribue à le faire découvrir et aimer, objectif certes audacieux, étant donné la réputation d' »instrument médiocre » attachée à cet orgue, mais semblant toutefois en bonne voie !

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