Les orgues de l’académie de claviers modernes de Dieppe – 2013

La formule « claviers modernes » de cette 4e édition de l’académie d’orgue de Dieppe a permis de découvrir un certain nombre d’instruments construits au 20e siècle, certes en mauvais état, mais pouvant encore se vanter d’une qualité de construction bien supérieure à celle que l’on prétend encore de nos jours.

Tout d’abord, le petit Jacquot-Lavergne (1953) de l’église du Sacré-Cœur de Janval (quartier de Dieppe) : deux claviers de 61 notes et pédalier de 30 notes, 13 jeux :

Janval

Les jeux de Pédale sont en extension. Un Basson 16 de Pédale est mentionné à la console et son emplacement dans l’orgue est prévu, mais ce jeu n’a pas été posé. Cet orgue, malgré ses dimensions restreintes, possède un potentiel intéressant, et mériterait un entretien plus poussé.

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La console de l’orgue de Janval

Ensuite, le splendide Mutin (1900) de l’église de Saint-Saëns. Cet instrument, construit à l’origine pour les ateliers Gaveau, puis transféré dans la nouvelle salle Gaveau en 1907, a servi à créer, entre autres, la troisième symphonie de Vierne, composée à Saint-Valéry-en-Caux (soit à une soixantaine de kilomètres de l’emplacement actuel de l’orgue). Il est intéressant de remarquer la modification apportée au Positif lors du transfert de 1907 : le Basson 8 a été remplacé par un Cromorne à la demande d’Alexandre Guilmant, dans le but de faciliter l’exécution de la musique ancienne, en faveur de laquelle ce dernier menait une action importante. Charles Mutin avait proposé un Cor harmonique, jeu qu’il venait de mettre au point, en lieu et place du Basson, mais ce jeu nouveau fut refusé. L’activité musicale de la salle Gaveau ayant diminué, l’orgue est vendu et installé en 1957 à Saint-Saëns, sans son buffet, subissant au passage quelques modifications, effectuées par les anciens établissements Gutschenritter : ainsi, le Carillon du Positif est privé de son Piccolo et rebaptisé Sesquialtera, le Salicional du même clavier remplacé par une Cymbale, le Diapason du Récit bouché pour en faire un Quintaton, et certains accessoires supprimés (le Violoncelle de Pédale avait déjà été remplacé par une Soubasse 32 dans les années 1940). De plus, certains jeux d’anches sont remplacés, les anciens se retrouvant dans le nouvel orgue d’Yvetot. L’instrument est actuellement en assez mauvais état, et nécessiterait une restauration scrupuleuse, avec retour souhaitable à la composition d’origine.

Composition actuelle :

Grand-Orgue de l'église de Saint-Saëns

Autre instrument notable, le Grand-Orgue de l’église Saint-Pierre d’Yvetot, construit en grande partie à base de matériaux de récupération par les établissements Masset-Gutschenritter à l’époque du remontage de l’orgue de la Salle Gaveau à Saint-Saëns (on retrouve d’ailleurs d’anciens jeux de cet instrument dans l’orgue d’Yvetot). Il s’agit malgré tout d’un instrument remarquable, d’un très grand intérêt musical, servant particulièrement bien la littérature du 20e siècle (Messiaen y sonne de manière exceptionnelle). Assez fatigué actuellement, il mériterait, de même que son « frère de sang » de Saint-Saëns, un relevage attentif.

Yvetot

La révélation de l’académie a été le Grand-Orgue Jacquot-Lavergne (1956) de la cathédrale de Rouen. Loin de l’instrument médiocre que l’on imaginait du fait de partis-pris trop souvent lus et entendus un peu partout, il s’agit d’une superbe réalisation post-symphonique, qui souffre malheureusement d’une acoustique peu favorable (ce qui est le cas, hélas, de beaucoup d’instruments dont on n’hésite pas à dire, avec raison, qu’ils sont admirables), ainsi que des problèmes légitimes d’un instrument qui n’a pas subi de véritable restauration depuis sa construction : usure des transmissions, fuites, tuyauterie empoussiérée… Malgré cela, les stagiaires ont pu juger de sa richesse de timbres (fonds très ronds, anches puissantes et d’un caractère symphonique affirmé, Bombarde 32 très efficace, ondulants d’une couleur toute particulière et des plus intéressantes, loin des ondulants doux néoclassiques, ce qui infirme l’un des arguments en faveur de la reconstruction de l’orgue selon lequel « les jeux sont peu timbrés et n’ont pas beaucoup de caractère ») sous les doigts de Virgile Monin, dans un répertoire véritablement adapté à l’instrument (en particulier la 2e symphonie de Dupré, qui y sonne avec une vérité qu’elle n’a pas ailleurs). Souhaitons que les responsables de l’association qui porte le projet de reconstruction de cet orgue prennent conscience du très grand potentiel qui y sommeille et accordent plus de souci à préparer la restauration intelligente d’un des fleurons de l’école post-symphonique de la facture d’orgue française.

Console du Grand-Orgue de la cathédrale de RouenRouen

Deux instruments rouennais n’ont pu faire partie des visites de l’académie, à savoir le Convers (1926) du Sacré-Coeur d’Ernemont, et le Rochesson-Beuchet (1957) de Saint-Nicaise. S’il s’agissait d’une question d’organisation pour le premier, il en est autrement pour le second, et c’est là un sujet d’inquiétude dans le milieu organistique. En effet, l’église Saint-Nicaise, partiellement reconstruite à la suite d’un incendie en 1934, menace de s’effondrer et est fermée au public.

(Photo Frédéric Chapelet)

Grand-Orgue de Saint-Nicaise de Rouen
(Photo Frédéric Chapelet)

Aucune mesure plus conséquente ne semble être prise pour préserver cet étonnant édifice, pourtant classé au titre de Monument Historique. Le Grand-Orgue, somptueux instrument de 3 claviers et 46 jeux harmonisé par René Aussourd, avait été restauré par Denis Lacorre à la fin des années 1980. Il est permis d’espérer que le scandale provoqué par la destruction récente de l’église Saint-Jacques d’Abbevile (au cours de laquelle l’orgue a finalement été démonté) induira une prise de conscience du patrimoine unique représenté par l’église Saint-Nicaise et son Grand-Orgue, ce dernier, au dires des organistes l’ayant joué, se plaçant parmi les plus grandes réalisations de ses facteurs, avec une composition et une harmonisation remarquables, avec grand Récit en 16 et Soubasse 32. De plus, l’ensemble architectural de Saint-Nicaise présente un grand intérêt stylistique, avec notamment de splendides vitraux de Max Ingrand. Un très bel article sur la question a été publié dans le dernier numéro de la revue Orgues Nouvelles, signé par Jean-Marc Leblanc.

Console de l'orgue de chœur de Saint-Rémy de Dieppe

Console de l’orgue de chœur de Saint-Rémy de Dieppe

Un dernier mot au sujet, cette fois-ci, de l’orgue de chœur de l’église Saint-Rémy de Dieppe : construit dans les années 1880 par le facteur rouennais Krischer, il fut modifié par Gonzalez (probablement dans les années 1930). Il est actuellement hors-service, le choeur étant fermé pour travaux. On souhaite pouvoir entendre lors d’une prochaine session de l’académie cet instrument sympathique dont la restauration effectuée par Gonzalez est considérée comme excellente.

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