Le Grand-Orgue Maurice Puget de l’église Saint-Joseph de Perpignan

On critique beaucoup les travaux effectués par le dernier facteur de la dynastie Puget : ses orgues sont remplis de tuyaux en zinc, spotted et tubes de gaz, leur harmonie est vulgaire, et les modifications qu’il a effectuées sur certains instruments sont très contestables. Nous ne nous attarderons pas sur ce dernier point, éternel débat au sujet de la modification d’un instrument. Et si les modifications de Puget sont contestables, que dire des « améliorations » hideuses commises par certains facteurs portés au pinacle (pour ne pas compliquer la lecture de cette page, nous ne dirons rien au sujet des Positifs de dos « en peigne » accolés à des buffets néo-gothiques ou néo-romans – ce que Maurice Puget n’a jamais pratiqué).

Pour ce qui est de la tuyauterie, on trouve du zinc et du spotted chez tous les facteurs de l’époque (Roethinger, Beuchet et Gonzalez utilisent ce dernier abondamment), et même antérieurement : Mutin fait usage de tels matériaux avant même 1914, et Cavaillé-Coll bien avant lui. Les tubes de gaz semblent être plus spécifiques à Maurice Puget, dont le talent lui permit de les faire sonner convenablement malgré le « peu d’intérêt » de ce type de tuyauterie, pendant que Victor Gonzalez, pourtant très fin harmoniste, ne parvenait pas à tirer un son acceptable du zinc…

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L’harmonisation, enfin, et cela permettra d’atteindre le vif du sujet : l’orgue de Saint-Joseph. Cet instrument comporte 30 jeux répartis comme suit, sur 3 claviers de 61 notes et pédalier de 32 notes :

Perpignan

À l’instar de nombre d’orgues symphoniques, on ne trouve pas d’anches au GO. Cette lacune est parfaitement comblée par l’harmonisation des anches du Positif et du Récit, au caractère assez proche de celles du Positif de Notre-Dame de la Dalbade de Toulouse. Il en résulte un grand chœur d’une puissance phénoménale, et ce par la seule présence d’une Trompette et d’un Cornet au Positif ainsi que d’un Plein-Jeu et d’une batterie d’anches 16-8-4 au Récit. Le tout est cependant très bien adapté à l’église, qui est dotée d’une acoustique très réverbérante…

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Le grand chœur n’est pas le seul atout de cet instrument, dont les fonds sont d’une extrême rondeur (sauf peut-être au Grand-Orgue, où ils ont malheureusement été quelque peu malmenés, et nécessiteraient une égalisation), les anches solistes très colorées, la Voix céleste d’une grande poésie. La Pédale n’est constituée que d’extensions du Bourdon 16 du GO, mais cela n’est aucunement dérangeant, contrairement à ce que l’on pourrait craindre. Dans le grand chœur, le 32 est très présent, et aurait des leçons à donner à bien des Soubasses 32 réelles…

Les transmissions pneumatiques, bien qu’assez fatiguées, fonctionnent encore de manière satisfaisante, et les quelques orgues pneumatiques de Puget en état laissent entrevoir ce que donnerait une telle transmission après une restauration intelligente.

Précisons enfin que les nombreux tuyaux en zinc ne « troublent » absolument pas la si belle sonorité des fonds…

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Sur le plan visuel, Maurice Puget fait ici montre d’un certain respect de la tradition, avec un beau buffet néogothique à Positif postiche et une console retournée joliment travaillée, bien loin des anti-consoles et anti-buffets correspondant aux anti-orgues qui commencent à fleurir à la même époque. Les dominos de commande des jeux sont eux-même très élégants, ornés de porcelaines de couleur différente en fonction du clavier.

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Nous ne pouvons que conseiller vivement la visite de cet instrument, de même que d’autres de la maison Puget : à Toulouse, Notre-Dame de la Dalbade, Notre-Dame du Taur (encore récemment catalogué comme « summum de la vulgarité », ce qui relève soit d’une mauvaise foi certaine, soit d’un fonctionnement anormal de l’ouïe…), Saint-Jérôme (le « grand frère » de celui de Saint-Joseph de Perpignan) ou encore Saint-Exupère, confié aux bons soins de Jean Daldosso, et comportant une transmission pneumatique au Récit dont l’instantanéité laisse songeur. En dehors de la ville rose, d’autres orgues sont à découvrir, notamment le Grand-Orgue de la collégiale Saint-Salvy d’Albi, plus important instrument de Maurice Puget encore en état de marche (mais nécessitant une restauration), ou, plus petit, l’orgue de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), construit par Jean-Baptiste Puget (dont la plupart des instruments ont disparu dans la vague destructrice néo-baroque).

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